Le traitement du cancer par immunothérapie

L’un des plus gros enjeux lors du traitement d’un cancer consiste à détruire des cellules tumorales sans toutefois endommager les tissus sains. Ainsi, l’immunologie des tumeurs est devenue, depuis quelques années, l’approche la plus prometteuse dans la lutte contre le cancer: les cellules cancéreuses peuvent être ciblées et détruites grâce au système immunitaire du patient. Mais comment stimuler ce système immunitaire afin qu’il ne détruise que les cellules cancéreuses?

Contrairement aux virus et bactéries, les cellules cancéreuses sont des cellules normales qui se sont transformées génétiquement et épigénétiquement, et qui ont à présent un comportement anormal. Elles sont difficiles à détecter pour le système immunitaire car leur apparence ne diffère que très légèrement de celle des cellules normales. On distingue en principe deux types d’immunothérapies: l’immunothérapie active et l’immunothérapie passive. Lors de l’immunothérapie passive, on implante des anticorps monoclonaux thérapeutiques qui ont deux effets possibles: soit ils déclenchent une cascade de signaux au sein de la cellule cancéreuse qui est alors détruite, ou du moins limitée dans son développement, soit ils bloquent certaines protéines clés et ralentissent ainsi le développement de la tumeur. Le premier anticorps monoclonal thérapeutique a été approuvé en 1997; depuis, de nombreux nouveaux anticorps ont été développés pour combattre une multitude de cancers. Lors de l’immunothérapie active, on stimule certaines cellules cibles du système immunitaire.

Notre système immunitaire est constitué, entre autres, de cellules nommées cellules T, qui sont capables de différencier les cellules normales des cellules anormales. Ces cellules T jouent un rôle important lors d’infections bactériennes ou virales, mais elles nous protègent également des cellules cancéreuses. La surface de certaines cellules cancéreuses contient des fragments de protéines spécifiques, les antigènes tumoraux, qui se multiplient au sein de la cellule et la rendent ainsi distinguable des cellules normales. Cependant, ce processus ne mène généralement pas à la destruction de ces cellules cancéreuses. On a longtemps ignoré pourquoi les cellules T reconnaissaient les cellules cancéreuses sans pour autant les supprimer – les spécialistes parlent d’«immune escape».

En 2013 pourtant, l’une des plus grandes percées dans le domaine de l’immuno-oncologie a livré de nouvelles informations. Des chercheurs ont découvert que la protéine PD-L1 était présente dans 20 à 50% de tous les types cancers humains – ce récepteur PD-L1 est un antigène tumoral. Il relie deux récepteurs de checkpoints immunologiques, les protéines PD1 et B7-1, qui se trouvent sur la surface de cellules T activées. Cette liaison empêche la destruction des cellules cancéreuses car elle entrave le fonctionnement du système immunitaire. Les cellules cancéreuses se servent alors des points de contrôle ou des checkpoints immunologiques afin d’annihiler les défenses immunitaires dirigées contre elles.

C’est pour cette raison qu’on implante aujourd’hui des anticorps contre les inhibiteurs de checkpoints, qui empêchent la communication entre cellules cancéreuses et cellules T. Les spécialistes ont cherché des substances pouvant bloquer la liaison PD1/PD-L1 et ainsi rendre les cellules cancéreuses vulnérables pour les cellules T. Les premières études cliniques ont confirmé un taux de réponse hautement qualitatif des anticorps monoclonaux, qui se dressent contre le récepteur PD-1 et permettent une espérance de vie nettement meilleure aux patients atteints de cancers avancés de la peau, des reins ou des poumons. Grâce à cette nouvelle thérapie, il a été possible pour la toute première fois d’améliorer significativement l’espérance de vie de patients atteints de mélanomes malins. En association avec un anticorps monoclonal – qui renforce la réponse immunitaire transmise par une cellule T grâce à la liaison au récepteur CTLA-4 – cette thérapie a même permis d’améliorer l’effet des anticorps dirigés contre la protéine PD-1. La découverte d’anticorps monoclonaux dirigés contre les récepteurs PD-1/PD-L1 semble permettre un contrôle durable des tumeurs. Néanmoins, des études cliniques supplémentaires sont nécessaires pour tester l’effet d’anticorps monoclonaux sur d’autres types de substances dirigées contre le système immunitaire.

Désormais, la sollicitation directe de certaines protéines appartenant au système immunitaire représente un facteur clé dans la mise en place de stratégies thérapeutiques efficaces contre le cancer.