Professeure Federica Sallusto, Institut de recherche en biomédecine, Université de la Suisse italienne, Bellinzone et Institut de microbiologie, EPF Zurich

octobre 2018

Peu importe ce que nous faisons. Que nous soyons assis toute la journée devant l’ordinateur, que nous fassions du sport ou que nous regardions Netflix, confortablement installés sur le canapé, notre système immunitaire travaille sans relâche afin de nous protéger des germes dangereux. Mais parfois, celui-ci dégénère. Federica Sallusto a axé ses recherches sur le système immunitaire humain. Son travail et ses résultats ont grandement participé à la compréhension actuelle de l’immunologie humaine. Dernièrement, grâce à de nouvelles approches, son équipe et elle ont réussi à identifier plus en détail les lymphocytes T humains, ouvrant ainsi la voie à de futurs traitements.

La professeure Federica Sallusto travaille sur des cellules très précises de notre système immunitaire, les fameux lymphocytes T. Ces derniers ont pour mission d’identifier les cellules malades et étrangères au corps avant d’en amorcer la destruction. Dans des situations exceptionnelles, ils peuvent néanmoins se retourner contre les cellules saines. C’est par exemple le cas dans les maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques ou le psoriasis. En collaboration avec le professeur Claudio Basseti de l’Hôpital de l’Ile de Berne, Federica Sallusto a pu publier dans la prestigieuse revue spécialisée «Nature» que les lymphocytes T autoréactifs étaient également responsables de la narcolepsie, la maladie du sommeil. Cette dernière, qui s’accompagne d’une somnolence diurne excessive, d’une perte de contrôle musculaire, d’hallucinations et de troubles du sommeil touche quelque 0,05% de la population mondiale. En bref, le cycle veille-sommeil est perturbé. «Grâce à de nouvelles méthodes de détection, nous avons pu déterminer que les lymphocytes T étaient responsables de la maladie», souligne la professeure. Et d’ajouter: «Ces cellules peuvent provoquer une inflammation, entraînant des dommages neuronaux ou pouvant même causer la destruction de neurones à orexine.» L’orexine est une protéine responsable de notre cycle veille-sommeil. Les chercheurs sont parvenus à prouver que les lymphocytes T autoréactifs s’en prenaient aux cellules nerveuses sécrétant cette protéine. Au cours de l’étude, ils ont pu identifier deux types de lymphocytes T à mémoire (CD4+ et CD8+) qui se retournent tous deux contre l’orexine. Grâce à cette découverte, nous savons désormais qu’il ne nous reste plus qu’à trouver des principes actifs empêchant les lymphocytes T de détruire les cellules nerveuses.

Les lymphocytes T CD4+ sont divisés en plusieurs types – les lymphocytes T auxiliaires 1, 2 ou 17 par exemple. Ces derniers protègent notre corps des bactéries et des champignons en sécrétant la protéine interleukine 17. Les lymphocytes T auxiliaires 17 (TH17) peuvent eux aussi se retourner contre le corps et provoquer des maladies auto-immunes. L’équipe de recherche, sous la direction de la professeure Federica Sallusto, a défini deux sous-groupes distincts de lymphocytes T auxiliaires humains. L’immunologue s’explique: «Ce que l’on appelle les lymphocytes TH17 IL-10 négatifs semblent jouer un rôle important dans la réponse inflammatoire, tandis que les lymphocytes TH17 IL-10 positifs peuvent activer ou désactiver des gènes précis.» La compréhension de ces types de cellules spécifiques ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques pour la maladie de Crohn, l’arthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques. L’étude a été publiée en octobre 2018 dans la revue «Nature Immunology».

Federica Sallusto est née en 1961 en Italie. Elle a obtenu son diplôme de docteure en biologie en 1988 à l’Université La Sapienza de Rome et a ensuite travaillé en qualité de post-doctorante à l’Institut supérieur de la santé romain ainsi qu’à l’Institut d’immunologie de Bâle. Depuis 2000, Federica Sallusto est cheffe de groupe au Laboratoire d’immunologie cellulaire de l’Institut de recherche biomédicale (IRB) du Tessin, où elle a fondé en 2016 le Center of Medical Immunology (Centre d’immunologie médicale). En février 2017, elle a été nommée professeure d’immunologie médicale à l’EPF de Zurich. Elle fut la première femme à qui l’on fit l’honneur de confier la conférence Behring. Ses travaux scientifiques lui ont valu le Pharmacia Allergy Research Foundation Award en 1999 et le Science Award de la Fondation pour la recherche sur les maladies neurodégénératives en 2010. En 2009, elle a été élue membre de l’Académie allemande des sciences Leopoldina et en 2011 de l’Organisation européenne de biologie moléculaire (EMBO). L’année dernière, la professeure Federica Sallusto a fait construire un nouveau laboratoire à l’EPF de Zurich et a introduit l’enseignement de l’immunologie humaine.

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