Le diagnostic préimplantatoire: Possibilités, défis et perspectives éthiques

Le diagnostic préimplantatoire ouvre de nouvelles voies vers la parentalité pour les couples confrontés à un désir d’enfant non réalisé. Dans le monde entier, un couple sur six est touché par l’infertilité.

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Le diagnostic préimplantatoire ouvre de nouvelles voies vers la parentalité pour les couples confrontés à un désir d’enfant non réalisé. Dans le monde entier, un couple sur six est touché par l’infertilité. Il s’agit d’un état médical, émotionnel et social qui peut fortement affecter la qualité de vie (1). En Suisse aussi, le besoin de soutien dans le domaine de la médecine reproductive a augmenté. Grâce à des méthodes comme la fécondation in vitro (FIV), l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) et le diagnostic préimplantatoire (DPI), de nombreux obstacles biologiques peuvent aujourd’hui être surmontés. Toutefois, les progrès médicaux s’accompagnent également de défis éthiques et sociaux, en particulier dans un pays comme la Suisse, où les normes bioéthiques sont strictes.

Applications du diagnostic préimplantatoire

Fécondation in vitro (FIV)
La FIV est réglementée en Suisse depuis 2001 par la loi sur la procréation médicalement assistée (LPMA). Des ovules sont prélevés chez la femme et fécondés hors du corps avec les spermatozoïdes du partenaire ou d’un donneur. Les ovules fécondés – appelés embryons – sont ensuite transférés dans l’utérus. Cette méthode est généralement utilisée en cas d’obstruction des trompes, d’endométriose ou d’infertilité inexpliquée (2). Le taux de réussite dépend fortement de l’âge de la femme et s’élève en Suisse à environ 35 % par transfert d’embryon chez les femmes de moins de 35 ans (3). Plus de 7’000 cycles de FIV sont réalisés chaque année en Suisse – et la tendance est à la hausse (4).

Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI)
L’ICSI est une évolution de la FIV. Un seul spermatozoïde est injecté directement dans l’ovule – une méthode utilisée notamment en cas d’infertilité masculine. Elle permet une fécondation même avec une qualité de sperme très faible (5). En Europe, plus de 70 % des cycles de procréation assistée sont désormais réalisés avec l’ICSI (6).

Diagnostic préimplantatoire (DPI)
Le DPI permet l’analyse génétique des embryons avant leur implantation. Il est utilisé chez les couples présentant un risque connu de maladies héréditaires graves. Des anomalies chromosomiques ou des maladies monogéniques peuvent être identifiées. En Suisse, cette pratique est autorisée sous certaines conditions depuis un référendum en 2017 (7). Le DPI fait l’objet de critiques éthiques, car il implique une sélection des embryons.

Défis et aspects éthiques

Risques médicaux et charge psychologique
Outre les risques physiques – tels que le syndrome d’hyperstimulation ou les grossesses multiples – la charge psychologique est considérable. De nombreux couples vivent le traitement comme une épreuve émotionnelle et signalent du stress, de l’anxiété et des dépressions (8). Un accompagnement psychosocial est donc de plus en plus recommandé comme partie intégrante du traitement.

Accès et justice sociale
Les réglementations légales et les prises en charge financières varient fortement d’un pays à l’autre. En Suisse, les traitements par FIV et ICSI ne sont en principe pas couverts par l’assurance maladie obligatoire (9). Les coûts des traitements varient selon les cliniques entre 8’000 et 15’000 CHF par cycle (10). Cela entraîne une inégalité sociale, car les couples à faibles revenus sont défavorisés.

Questions éthiques et débat sociétal
La sélection des embryons, la gestion des embryons surnuméraires ainsi que les questions liées à la modification de la lignée germinale soulèvent des interrogations éthiques fondamentales. Où se situe la frontière entre aide médicale et optimisation de l’être humain ? L’accès à ces techniques pour les personnes célibataires ou les couples de même sexe fait également l’objet de débats politiques croissants.

Perspectives d’avenir

La recherche sur la gamétogenèse artificielle – c’est-à-dire la production de cellules sexuelles à partir de cellules cutanées ou souches – ouvre de nouvelles possibilités, notamment pour les personnes infertiles ou les couples homosexuels (11). La sélection embryonnaire assistée par intelligence artificielle ou l’édition du génome par la technologie CRISPR pourraient également jouer un rôle à l’avenir. Toutefois, ces développements en sont encore à leurs débuts et soulèvent de nombreuses questions éthiques et réglementaires.

Conclusion

Le diagnostic préimplantatoire est un domaine dynamique qui offre de l’espoir à de nombreuses personnes. En parallèle, les questions médicales, éthiques et sociales doivent être traitées dans un dialogue entre la science, la société et la politique. Une utilisation responsable des possibilités de la médecine reproductive est essentielle pour préserver l’autonomie, la justice et la dignité humaine.

Sources

1. WHO (2023). Infertility – Key facts. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/infertility

2. ESHRE (2022). ART Fact Sheet. European Society of Human Reproduction and Embryology.

3. De Geyter, C., et al. (2020). ART in Europe, 2016. Human Reproduction Open, hoaa032.

4. FOPH – Bundesamt für Gesundheit (2023). Statistik zur medizinisch unterstützten Fortpflanzung in der Schweiz.

5. Palermo, G., et al. (1992). Pregnancies after intracytoplasmic injection of single spermatozoon into an oocyte. Lancet, 340(8810), 17–18.

6. Kupka, M.S., et al. (2014). Assisted reproductive technology in Europe, 2010. Human Reproduction, 29(10), 2099–2113.

7. SAMW (2020). Medizinisch unterstützte Fortpflanzung – Ethische Richtlinien. Schweizerische Akademie der Medizinischen Wissenschaften.

8. Gameiro, S., et al. (2014). Psychological and educational interventions for infertility: a systematic review. Human Reproduction Update, 20(3), 314–329.

9. Swissmom.ch (2023). Kosten einer Kinderwunschbehandlung in der Schweiz.

10. IVF-Schweiz.ch (2024). Preise für künstliche Befruchtung.

11. Sharma, A., et al. (2022). Artificial gametogenesis: progress and prospects. Nature Reviews Genetics, 23(5), 284–297.

 

(Bild: Google DeepMind / Unsplash)